La ville de Chişinău, la capitale de la République de Moldova, est située sur sept collines, à proximité de la rivière du Bâc. Le territoire de la localite et ses alentours ont été habites des le paleolithique, parmi les vestiges archeologiques les plus significatifs étant ceux appartenant aux cultures géto-dace (IV-I siècles av.n.è.) et de Sântana de Mureş-Cerneahov (III-IV siècles de n.è.). A cette derniere époque se rapporte un grand trésor de monnaies en argent du Bas-Empire
romain, dont la plupart ont été frappées en 351-361 pour Constance II. Dans divers lieux de la zone on a découvert d'autres vestiges illustrant les plus de mille
ans d'histoire, encore peu connue, jusqu'au moment oû les documents nous font savoir le nom de Chişinău. Il parait que le toponyme, d'origine turque ancienne, indique l'existence d'une source à laquelle se rapporte le debut de l'habitat.
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| Chişinău (fin du XIX siècle) |
La première mention de Chişinău date de 1436, quand dans une donation des princes Ilie et Ştefan on précise les limites de la possession du boyard Vancea, "au-delà du Bâc, dans la vallée qui se trouve en face du Cheşeneu de Acbaş". Un diplome d'Etienne le Grand de 1466 confirme la prise de possession par son oncle, "l'honorable boyard, seigneur Vlaicul, à Chişinău, à la fontaine d'Albişoara". Au debut il s'agissait d'un village modeste, figurant dans un acte de 1576 comme "un village nomme Chişinău, sur le Bâc, dans la contree de Lăpuşna et ayant des moulins sur le Bâc".
Au XVII siècle, sa fonction commereiale est attestee par le prince Dimitrie Cantemir ("la petite ville de Chişinău a peu d'importance") et un document de 1666 mentionne les "citadins de Chişinău". La transformation de Chişinău dans un centre commercial important a été favorisee par sa fonction comme relais sur la route eommerciale Iaşi-Bender, par la presence de la voie de navigation sur le Bâc et par sa position centrale dans la region situee entre le Prut et le Dniestr. L'essor economique du XVII siècle est illustre par les decouvertes monetaires - pieces de l'Empire ottoman, de Pologne, de Lituanie, de Suede, de l'Empire romain germanique, des Pays-Bas etc. On doit remarquer un tresor avec des emissions occidentales, enfoui probablement lors de la terrible razzia tatare de 1659, qui affecta la Moldavie entiere et la Valachie aussi, et un grand depôt (environ 10000 exemplaires), comprenant surtout des solidi suedois, polonais et prussiens et des imitations que le prince Eustratie Dabija (1661-1665) et ses successeurs ont fait frapper à Suceava, enfoui vers la fin du siècle, peut-etre en 1690, quand les Tatars incendierent la localite. Peu de temps avant cette derniere date, Chişinău avait passe un autre moment difficile, car dans son voisinage, vers le nord et pres de la riviere d'Ichel, a eu lieu en 1672 le combat decisif entre les partisans et les opposants du prince Georges Duca (1668- 1672).
Dans les documents internes, Chişinău est mentionné comme ville en 1712. Plus tard, il s'accroît en englobant les villages voisins: Buiucani, Vovinţeni, Hruşca, Mălina Mică, Munceşti, Visterniceni, Schinoasa etc. Au XVIII siècle son developpement est freiné par les guerres russo-turques, les incendies et les proces interminables sur la possession des terres. Des proprietes foncieres considérables appartenaient alors aux monasteres de la Sainte-Vendredi et de Galata de Iaşi.
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| Le Passage (aujourd'hui le Mairie, fin du XIX-e siècle) |
Les relations des voyageurs étrangers et les plans topographiques dressés vers la fin du XVIII siècle, témoignent que la ville médiévale avait l'aspect d'une agglomération de type rural. Tout comme d'autres localités de la Moldavie ou de la Valachie qui devaient leur prospérité aux foires, Chişinău avait un réseau routier irrégulier et des logis dispersés. Les sources mentionnent systématiquement l'ensemble a destination surtout commerciale, le bazar, qui comprenait une halle en pierre, des magasins, des ateliers, des dépôts, des auberges et des caravansérails. Vers la zone centrale gravitaient les institutions urbaines et les points ou s'installerent des étrangers, principalement des negociants (la rue des Turcs, la rue des Arméniens, le comptoir des Grecs, le comptoir des Serbes etc.). La stratification de la population explique la présence de deux types principaux d'habitations: en bois, ayant des dimensions modestes et des toitures légeres (ce sont des maisons paysannes transposées dans le milieu citadin), et maçonnées et a étage, appartenant a des propriétaires aisés.
Les quartiers habités se sont constitués autour des six églises paroissiales dont Von Raan fait mention en 1788: l'église de la Nativité de la Sainte-Vierge ("Mazarache"), l'église des Saints-Empereurs Constantin et Helene ("Râşcanu"), l'église de l'Annonciation etc. La tradition orale situe aux annéees 1752-1777 l'erection de la plus ancienne église qui existe encore de nos jours dans la ville, par le commandant (serdar) Vasile Mazarache. Enceinte d'une muraille, elle représentait une piece du systeme défensif de la ville et était pourvue d'un ample réseau de voies souterraines secretes pour l'évacuation. Soumise a des interventions significatives au cours du temps, elle garde toujours le plan original en croix tréflée, qui provient du mont Athos par l'intermédiaire de la Serbie et de la Bulgarie, se répandant dans l'espace roumain aux XIV-XV siècles. L'élément vertical dominant est le clocher surmonté par un toit en cloche; l'autel présente a l'extérieur de massifs contreforts qui accentuent la sobriété et la monumentalité de l'édifice.
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| L'église des Saints-Empereurs Constantin et Hélène |
L'église des Saints-Empereurs Constantin et Hélène fut bâtie en 1777 aux frais du boyard Constantin Râşcanu. Son plan se rapproche de l'ancienne formule moldave (configuration allongée, structure tripartite adaptée au culte gréco-oriental, terminaison tréflée), mais l'entrée a été transférée de l'axe longitudinal vers le sud du narthex, auquel on a adossé ultérieurement un exonarthex.
L'église de l'Annonciation, construite avant 1795, a été entierement refaite en 1810 par le capitaine Gavriil Terinte. Son plan régulier (en nef), dérive des églises moldaves de type "archaisant" - le résultat de la transposition en maçonnerie de l'architecture ecclésiastique en bois.
La cathédrale des Saints-Archanges Michel et Gabriel, ancienne église princiere de Saint-Nicolas, attestée en 1739, a été rebâtie intégralement par le serdar Nastase Lupul. Ce symbole du centre urbain de jadis n'existe plus, tout comme d'autres édifices religieux de grande valeur, par exemple l'église de Saint-Elie. mentionnee au XVIII siècle et reconstruite en 1806. A la fin du XVIII siècle et au début du siècle suivant, Chişinău comptait environ 7000 habitants, 80 magasins, 52 ateliers et quelques écoles. Une fortification bastionnée fut érigée par les Russes contre les Ottomans.
Apres 1812, quand la Russie a annexé la partie orientale de la Moldavie, nommée dorénavant la Bessarabie, Chişinău en devint le chef-lieu. Cette nouvelle fonction favorisera son développement, meme si le tsarisme a systématiquement empeché l'affirmation des aspirations nationales et sociales. La ville a été l'un des centres ou s'organisa la révolte des Grecs contre l'Empire ottoman et c'est de Chişinău que démarra Alexandre Ipsilanti l'expédition militaire audela du Prut, qui s'est déroulée simultanément avec la révolution de Valachie, dirigée par Tudor Vladimirescu (1821). L'échec des deux actions apporta a Chişinău une vague de réfugiés. C'est a cette époque que A.S. Pouchkine passa ici son exil (1820-1823).
Conformément au plan adopté en 1834, la ville avait deux composantes: la partie "d'en bas", avec des ruelles médiévales tortueuses, et la ville nouvelle, 'd'en haut" , avec des quartiers délimités selon les normes établies. Par ce plan on a fixé le tracé de la rue centrale, Moskovskaja (aujourd'hui le boulevard Ştefan cel Mare) et on a délimité le terrain pour la future cathédrale et pour la place et le jardin public de son voisinage. Ainsi, des cette époque on esquissa les tendances de l'urbanisme de Chişinău. Dans la partie "d'en haut" on a commencé immédiatement a construire des magasins en pierre, des dépôts, des hôpitaux, des bureaux de poste, des casernes etc. La plupart des constructions étaient executées d'apres des "modeles", groupés dans des albums qui étaient expédiés dans toutes les provinces de la Russie.
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| L'église Luthérienne (quatrième décennie du XX siècle) |
En 1830-1836 on a construit la cathédrale actuelle, d'apres le projet de l'architecte A.Melnikov de SaintPétersbourg, et en 1840 l'Arc de Triomphe (architecte, L.Zauskevic d'Odessa). Le romantisme, qui introduira a Chişinău l'architecture éclectique, est annoncé par l'église Lutherienne (1833), de style néo-gothique, aujourd'hui disparue, et par le Pénitencier, ayant l'aspect d'une forteresse pseudo-romane, dont les vestiges subsistent de nos jours (architecte, G. Toricelli).
A cette époque, la plupart des édifices publics, de culte et les résidences étaient réalisés en style classique, a cette catégorie appartient l'ancienne résidence de G.T. Monastirski de 1870, connue sous le nom de Svejcarskaja gostinica ("L'hotel suisse", situé a l'intersection du boulevard Ştefan cel Mare et de la rue Mitropolitul G.Bănulescu-Bodoni). Dans le meme style on été construites l'église de Tous les Saints (1838) du Cimetiere Central, l'église de SaintHaralambe (1836), de la rue Alexandru cel Bun et l'église Romano-catholique (1837-1838) de la rue Mitropolitul Dosoftei. La premiere est une église classique a plan central, la deuxieme réunit des éléments des églises de type autochtone avec ceux des églises russo-byzantines de type "croix grecque inscrite", tandis que la derniere, dont le projet avait été dressé par une commission spéciale de SaintPétersbourg, appartient au classicisme tardif.
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| Le Gynmase de garçons n°2 (fin du XIX-e siècle) |
Le rythme de la modernisation de la ville devint plus rapide dans la deuxieme moitié du XIX siècle: on a construit le chemin de fer (1870), on a pavé les rues, on a inauguré la presse locale (ici a paru, en roumain, le premier journal de Bessarabie). En ce qui concerne l'architecture de Chişinău, apres 1870 s'impose l'éclectisme. Quelques édifices représentatifs de cette époque étaient destinés aux institutions d'enseignement: le Séminaire (fondé en 1813, aujourd'hui disparu), le Gymnase de garçons n° 1 (rue 31 August; aujourd'hui le Batiment abrite le Musée National d'Histoire de la Moldavie), l'Ecole réelle (1883; l'édifice appartient maintenant a l'Université de l'Etat de Moldova), le Gynmase de garçons n° 2 (18901904; disparu), le Gymnase de garçons n° 3 (rue Mateevici; de nos jours, l'Institut de Beaux-Arts) et le Gymnase de filles "Dadiani" (rue 31 August).
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| La pharmacie "Kagan" (fin du XIX-e siècle) |
Au début du XX siècle on a construit les Batiments de la Douma et de la Banque (aujourd'hui, la Salle d'Orgue); le premier suit les traditions du gothique italien et de la Renaissance tardive (architecte, M. Elladi, en collaboration avec A. Bernardazzi), l'autre représente le style éclectique, ralliant des éléments romantiques a la conception générale classique (projet de l'ingenieur M. CekerulKuş). L'élégance des formes et la richesse des ornements modelés caractérisent la Maison Hertz, l'un des plus beaux édifices de la ville (de nos jours, Le Musée National de Beaux-Arts).
A. Bernardazzi (1831-1907) a été un des plus celébres architectes de la Bessarabie de la fin du XIX-e siècle et du début du suivant. Tres doué pour la stylisation, i1 a su interpréter et combiner des formes appartenant a l'architectnre de diverses époques et nations. D'apres ses projets on avec sa collaboration on a realisé environ 30 édifices, dont on peut citer: l'église grecque de Saint-Panteleimon (1889-1891), de style néo-byzantin, un bâtiment dn Gymnase de filles "Dadiani" (1900-1903), de style gothique italien, et la chapelle du Gymnase de filles de la rue Puşkin (18951897), ou des éléments de l'architecture russe du XVII siècle s'harmonisent avec des éléments d'architecture orientale. En ce qui concerne l'influence de l'architecture orientale musulmane, on doit mentionner l'édifice destiné a abriter le Musée de Zoologie, d'Agriculture et d'Artisanat (aujourd'hui le Musée National d'Ethnographie et d'Histoire Naturelle), érigé en 1903-1905 (architecte, V. Ţiganko). Le Musée fut fondé en 1889 comme Musée Agricole et a accumulé au cours de son existence centenaire de riches collections, inclusivement d'archéologie, de numismatique et d'art.
En 1917, Chişinău est devenu le centre de l'émancipation nationale en tant que capitale de la République Moldave. C'est ici qu'on a proclame l'union de la Bessarabie avec la Roumanie le 27 mars 1918. Etant jusqu'a l'annexion soviétique de 1940 la deuxieme grande ville de la Roumanie, il a continué a s'affmner comme un puissant centre économique (surtout dans le commerce céréalier, mais aussi dans les domains bancaire et industriel), culturel et artistique. A cette epoque on a effectué des restaurations dans la zone centrale et dans la partie "d'en haut" on a érigé des résidences qui donnent la mesure de sa prospérité. En 1927 on a installé au centre, sur un piedestal construit d'apres le projet de l'architecte A. Bernardazzi, la statue monumentale du glorieux prince de la Moldavie médiévale, Etienn le Grand (1457-1504). Ce monument emblématique du Chişinău contemporain est l'oeuvre du sculpteur Alexandru Plămădeală (1888-1940), qui a été aussi le principal militant pour la fondation du Musée de Beux-Arts (1939), qui possede dans ses collections des icones moldaves anciennes et des chefs-d'oeuvre de l'art occidental (XV-XIX siècles) et russe.
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| Chişinău, cinquième décennie du XIX siècle |
Pendant la deuxieme guerre mondiale la ville a été séverement ravagée. L'architecte A. Şciusev (18731949) a dirigé l'élaboration du plan général de reconstruction des années 1947-1949, quand la localité s'accrut avec de nouveaux quartiers d'habitations. Chişinău est devenu la capitale de la R.S.S.Moldave et, en dépit des vices bien connus du régime récemment aboli, il a continué son progres, demeurant aussi le principal centre de la préservation, dans ces conditions peu favorables, de la culture nationale. A cette époque on a réalisé la gare (architecte, L. Ciuprin, 1948), le Jardin Public et l'Allée des Ecrivains Classiques (1957), la Bibliotheque Nationale (architecte, A. Ambarţumean), les sieges du Gouvernement (architecte, S.Fridlin, 1965), du Parlement (arclritecte, A. Cerdanţev, 1976), des Syndicats (arclritecte, V. Kudinov, les années '70) et du Président (architecte, Iu. Tumanean, les années '80), les hotels "Codru" (architecte, V. Kudinov), "National" (architectes, A. Gorbunţov et V. Şalaghinov) et "Cosmos" (architectes, B. Banâkin et L. Kolbaieva), l'aeroport (architecte, A. Eksner), le Théatre d'Opera et de Ballet (architectes, L. Kurenoi et A. Gorşkov), le Cirque (architectes, S. Şoihet et A. Kiricenko, les années '80), le Centre des Arts (architectes, I. Zagoretki, A. Şevtov et M. Orlov, les années '80) etc.
Par suite de la proclamation de l'indépendence de la République de Moldova, le 27 aout 1991, l'importance politique, administrative et culturelle de Chişinău s'accrut. Au emirs de 560 années, l'ancienne agglomération rurale de Chişinău a connu une évolution complexe, avec beaucoup de moments dramatiques et meme tragiques, jusqu'a nous jours, quand elle aspire a exprimer pleinement sa fonction de capitale d'un Etat européen moderne.
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